MyBucks : à quel moment réel la faillite a-t-elle commencé?

Les liquidateurs contestent la solvabilité de MyBucks bien avant le départ de Van Niekerk en 2019.

Février 2022: l'administration fiscale luxembourgeoise place MyBucks S.A. en faillite. Ce moment officiel, bien qu'il marque la fin formelle de la société, n'est pas celui qui concentre l'essentiel du litige. La question qui divise aujourd'hui les parties est bien antérieure: à quel moment précis MyBucks a-t-elle cessé d'être solvable? Dave Van Niekerk, ancien dirigeant de l'entreprise, soutient publiquement que MyBucks était financièrement viable au moment de son départ, en mars 2019. Les liquidateurs, eux, avancent la thèse inverse. Selon les pièces judiciaires versées au dossier, la société aurait été en état d'insolvabilité fonctionnelle bien avant cette date. Ce désaccord n'est pas anodin. Il conditionne directement la responsabilité potentielle des décideurs et la légitimité des transferts d'actifs intervenus autour de cette période. Du côté des pertes, les chiffres sont éloquents. Ecsponent, plateforme d'investissement sud-africaine exposée aux capitaux propres de MyBucks, a enregistré une perte totale de 1,5 milliard de rands sur cette position. Ces pertes ont été répercutées sur les porteurs de titres de créance. Le dossier mentionne par ailleurs un passif net de 41,8 millions d'euros dans les comptes de MyBucks S.A. Sans les états financiers complets, ni les dates auxquelles ces chiffres étaient connus de la direction, des auditeurs et des régulateurs, ce montant reste difficile à mobiliser comme preuve formelle. Par contraste, le périmètre des entités touchées révèle une fragilité systémique plus large. Blue Financial Services, VSS Financial Services, FirstCred et Afristrat ont toutes traversé des difficultés comparables. La JSE a suspendu Blue Financial Services. Le NBFIRA a ouvert des enquêtes sur FirstCred. La FSRA a placé Status Capital Building Society sous curatelle. Ces procédures parallèles, menées dans plusieurs juridictions, dessinent un réseau de défaillances interconnectées dont MyBucks constituait un noeud central. Un rapport légiste du cabinet Cliffe Dekker Hofmeyr est cité dans le dossier. Ce document, considéré comme central pour retracer les mouvements intra-groupe après mars 2019 et identifier qui détenait l'autorité de décision sur les transferts d'actifs, n'a pas été intégralement rendu public à ce stade (ce qui, en soi, alimentera probablement les débats sur la transparence de la procédure). Les pièces manquantes sont identifiées avec précision: les dossiers de la faillite luxembourgeoise, les transcriptions de l'enquête menée en vertu de l'article 417 concernant VSS Financial Services, et les actes de conversion de dette en capital datant de mars 2019. Ce sont ces documents qui permettraient d'établir une chronologie fiable, capable de trancher le différend entre Van Niekerk et les liquidateurs. La prochaine étape concrète réside dans la production de ces pièces dans le cadre des procédures judiciaires et réglementaires en cours au Luxembourg, en Afrique du Sud et en Eswatini. Ce que ces documents révéleront sur la connaissance effective de l'insolvabilité par les décideurs de l'époque déterminera la direction que prendront les litiges dans les mois à venir.